Lily
Je me regarde dans la glace, replace quelques mèches rebelles ici et là, ajuste mon haut et remonte ma jupe. Voilà, je suis fin prête. Ce soir, Bill m'invite au resto. Hier, nous avons enfin signé. Nous avons notre appartement, rien qu'à nous ! Alors il faut fêter ça. Seulement, ce soir, c'est dans un resto assez chic que nous nous rendons. Je ne comprends pas trop pourquoi il fait tant de cérémonies pour cet événement, à mon avis ouvrir une bouteille de champagne aurait largement suffi. Enfin, je ne vais pas dire non ! J'ai passé l'après midi à refaire nos valises et nettoyer la chambre. Ca fait déjà deux semaines que nous sommes là, et cet hôtel ne va pas me manquer. C'était sympa, mais un peu petit. L'appartement que Bill a trouvé est parfait. 80m², balcon donnant vue sur la plage. Quatre pièces : une chambre avec un lit deux personnes, une salle de bain avec douche et baignoire, une cuisine, et un salon-salle à manger. J'ai un peu peur, dans un sens. C'est stupide mais tout est tellement parfait. Il y a un mois je pensais avoir la pire des existences possibles, et aujourd'hui tout me sourit. C'est comme si il y avait quelque chose caché derrière tout ça, qui ne demandait qu'à sortir pour venir détruire mon bonheur tout récent.
Je me fais certainement des idées
J'ouvre doucement la porte de la salle de bain, Bill est encore en train de chanter sous la douche. Je me racle bruyamment la gorge.
-Euh Bill ? Il serait peut-être temps d'y aller non ? Tu as réservé pour 20 heures, c'est à dire dans une demi heure.
-J'arrive.
Une demi heure avec Bill pour se préparer, c'est vraiment le minimum syndical. Il se sèche les cheveux, les lisse, les fixe avec de la laque et retouche quelques mèches avec du gel. Ensuite, c'est le maquillage. Fard à paupières noir, crayon noir, tout y passe. Enfin, cinq minutes avant l'heure, nous voilà partis.
Waouh ! Je n'ai jamais rien vu d'aussi chic. Un serveur vient nous installer à notre table. Tout est délicieux. L'entrée, le plat, le vin, le champagne... La musique aussi. Au moment de commander les desserts, ma tête tourne légèrement. Je ne tiens pas beaucoup l'alcool. Je remarque que Bill triture nerveusement sa serviette. Ohoh.
-Bill ? Quelque chose ne va pas ?
-Tout va bien. Seulement, il faut que je te dise quelque chose, et ce n'est pas facile... Sais-tu pourquoi je t'ai amenée ici ?
-Pour l'appartement ?
-L'appartement ?
-Ben oui, tu as dit qu'on devait fêter ça non ?
-Oh, tu crois vraiment que j'aurais fait tout ça juste pour l'appart ?
-C'est ce que tu m'as dit...
-Je sais, mais il fallait garder la surprise...
Il prend une grande bouffée d'oxygène, et me regarde dans les yeux.
-Voilà. Lily, je sais qu'on se s'est pas retrouvés depuis très longtemps, mais tout a été très vite ave toi. Ma vie n'était qu'une succession d'erreur, et maintenant, ici, avec toi, elle est parfaite, je ne vois pas ce que je pourrais demander de plus que ce que j'ai en ce moment. A part une chose. Lily, je voudrais t'épouser...
J'ai la bouche grande ouverte, et je laisse tomber ma fourchette dans mon assiette. Tous les regards se tournent vers moi. Je rougis. Ce n'est pas comme ça qu'on doit réagir à une demande en mariage ! Je suis sur le point de répondre, lorsqu'il reprend.
-Je t'en prie, ne répond pas tout de suite. Ce ne serait pas honnête que tu réponde oui, et que tu t'engages pour la vie avec un homme dont tu ignores une partie du passé. Une partie dont crois moi, j'ai honte, une partie que je voudrais oublier, mais qui fait partie de ma vie... Alors tu accepteras, ou refuseras ma demande, une fois que j'aurais fini de tout t'avouer. Ne m'interromps pas, ne pose pas de questions, laisse moi aller jusqu'au bout. Ca va être très dur pour moi, mais je dois le faire. Quand j'aurais terminé, tu seras libre de prendre la décision qui t'appartiens, et que je respecterai quelle qu'elle soit. Mon passé... contient des zones d'ombre terribles, auxquelles j'aimerais ne plus jamais penser, mais je te dois la vérité.
Un grand silence s'ensuit. Je n'ose même pas respirer. Je m'attends au pire. Bill ferme les yeux, inspire, et se remet à parler.
-Bien. Je n'ai jamais voulu te dire jusque là, par quoi je suis passé pour arrivé là où j'en étais quand nous nous sommes revus. Il y a deux raisons à cela. La première, est que je ne savais pas quelle genre de personne tu étais devenue, et par conséquent si je pouvais me confier à toi. La seconde et principale raison, était la peur que tu ne me vois plus jamais de la même façon, que je te dégoute, que tu me déteste. Chose que, tu me diras, je mériterais...
A 16 ans, lorsque tu es partie pour tenter ta chance dans le milieu du cinéma, j'ai moi aussi arréter mes études pour percer dans la chanson. Tu sais à quel point ça a toujours été mon rêve. J'ai fait toutes sortes de maquettes, je les ai envoyé un peu partout. Seul, en groupe... J'ai tout tenté. Je me suis même inscrit à certaines émissions de télé réalité, pour y arriver. Sans succès. A 18 ans, j'étais sans diplôme, sans avenir. Je ne voulais plus retourner à l'école, j'avais l'impression qu'il était trop tard pour moi et que de toutes manières, je finirai bien par devenir chanteur, puisque j'étais né pour ça. En attendant, mes parents ne me supportaient plus. Je ne faisais rien de mes journées, je passais mon temps à traîner les rues. L'ambiance familiale se dégradait de plus en plus. Quand j'y repense, je comprends évidemment leur réaction. J'ai commencé à tomber dans la dépression. J'avais le sentiment de ne servir à rien, de n'être rien. Mes fréquentations ont changé. Un jour où j'étais parti de chez moi après une violente dispute avec mon père, je suis parti rejoindre des copains, et j'ai fumé mon premier joint. C'était comme magique pour moi. La réalité était transformé, le monde n'était plus le même. Un moyen de fuir la réalité. Je fumais de plus en plus fréquemment, et je suis tombée dans cette foutue spirale. Un joint, l'acide, et ensuite, l'héro. Oui, j'étais un vrai drogué, un mec qui ne savait vivre qu'à travers les drogues dures. Seulement, la drogue, c'est pas gratuit, et je pouvais pas arrêter. Alors j'ai commencé par des vols. Un sac à main, un portefeuille, tout ce que je trouvais. Mais j'aimais pas ça. J'avais beau me détruire moi même, je n'avais pas envie de faire de mal aux autres. Mais fallait payer, toujours trouver de l'argent, toujours plus.
Un soir, j'ai croisé un mec complètement paumé. Il m'a dit qu'il se droguait depuis un an et que pour payer, yavait pas le choix. Il se prostituait. J'ai trouvé ça dégueulasse, sur le coup il m'a vraiment écoeuré. Je ne comprenait pas comment on pouvait vendre son corps pour de l'argent. Pour cette saleté de drogue.
Seulement, au bout d'un certain temps, je me suis rendu à l'évidence. L'argent, ça tombe pas du ciel et les vols, c'est risqué et contre ma façon de penser. Alors j'ai essayé. Une nuit. J'en ai pleuré pendant des jours. Mais en même temps, j'avais tout ce fric. Alors j'ai recommencé. Une fois, deux fois, puis presque tous les soirs pendant six mois. J'ai arrêté quand je n'en pouvais plus. A cause de certains cons, qui me frappaient. Après avoir essuyé une dizaine de coups et un nez cassé, j'ai jeté l'éponge.
C'est la que j'ai pris la décision que je regretterai le plus de toute ma vie. J'ai commencé à revendre. Devenir dealer. Ca gagne un fric monstre, t'imagine même pas. Avec des copains, on acheté de la drogue de basse qualité en masse, et on revendait ça super cher à des débutants qui n'y connaissent rien.
Lily, quand on est arrivés ici, je t'ai dit que je n'avais aucun problème d'argent. C'est grâce à cette sale période. Je gagnais cinq fois plus que ce que j'avais besoin. J'ai fait ça pendant environ un an. Mais un truc m'a fait revenir à la réalité. Un jour, je marchais dans la rue, et je suis tombé sur un journal. Je l'ai ramassé, et ce que j'ai lu m'a traumatisé, je pense à vie.
Un titre : « Un jeune garçon mort d'overdose ». Une photo à côté. Ce gosse, je le reconnaissais. C'était moi qui lui avait vendu l'héro la veille. Je me sentais comme un meurtrier. J'avais tué quelqu'un... Quinze ans, il avait. Toute la vie devant lui. C'était sûrement son premier shoot, il en a trop mis d'un coup et voilà... J'ai eu un face de moi un gamin paumé, paumé comme tous ceux qui commencent à se droguer, et au lieu de l'aider, de lui parler, moi je l'ai juste aidé à mourir...
J'ai eu vraiment peur. J'ai arrêté le deal. Pour toujours.
Seulement, j'ai pas eu de chance. Un mois après, des flics sont venus sonner chez moi. Plusieurs drogués m'avaient dénoncé. J'ai pas eu la force de mentir, de dire que c'était faux. J'ai tout de suite été emmené au poste, et j'ai tout avoué. Je me suis fait mettre en détention provisoire, pour détention et trafic de drogue. En attendant mon procès je restais prostré dans ma cellule. Mes parents refusaient de venir me voir. Je voulais mourir.
Un jours, on m'a demandé au parloir. J'ai été voir, et j'ai eu la surprise de voir mon cousin, dont je n'avais aucune nouvelle depuis quelques années. Mon cousin, c'est Tom. Il avait entendu toute l'affaire, et voulait m'aider. Il a tout mis en place pour ça. Moi, j'étais une vraie loque incapable de réfléchir, un drogué en manque. Il a payé ma caution, une vraie fortune, pour me faire sortir jusqu'au procès. Il a payé mon séjour dans un centre de désintoxication, il a déniché le meilleur avocat de la région. Tom, c'est quelqu'un de très influent, qui a beaucoup de contacts... Et beaucoup d'argent. Il a tout pris en charge, du début à la fin. Je n'ai rien eu à faire. Le jour de mon procès, j'étais sorti du centre totalement clean. Mon avocat a été à la hauteur du fric que Tom a dépensé pour lui. J'ai à peine eu à verser une amende, que Tom s'est empressé de régler. Il a été exemplaire.
Je me sentais énormément gêné vis à vis de lui, avec tout ce qu'il avait fait pour moi en étant seulement mon cousin. J'ai voulu lui rendre la monnaie de sa pièce. Je me suis souvenu de tout l'argent qui dormait sur mon compte, mais Tom n'en a pas voulu, il n'en avait pas besoin. Tu n'imagine même pas l'étendue de sa fortune. En même temps, être réalisateur...
Je me souviens parfaitement de ce jour où je sui allé le voir. Je lui ai dit qu'il pouvait absolument tout me demander, que je lui devais quelque chose, n'importe quoi. Il a longtemps refusé, disant qu'il n'avait besoin de rien. J'ai tellement insisté qu'un jour, il a réfléchit, et m'a avoué qu'il n'arrivait pas à trouver l'acteur qu'il lui fallait pour son nouveau film. Quelqu'un exactement... Dans mon genre. Alors j'ai réfléchit. Je n'avais rien. Pas de boulot, plus de parents. Rien, j'étais perdu, Tom était la seule épaule sur laquelle je pouvais me reposer, la seule personne de confiance que j'ai. Et puis, après tout, je m'étais déjà prostitué, je n'avais plus rien à perdre. Je voulais tant rendre ce service à Tom, qui m'avait sauvé la vie. Alors j'ai accepté.
Voilà, tu sais tout. Du moment où l'on c'est quittés jusqu'à celui où l'on s'est retrouvés.
J'ai la tête qui tourne. Ce n'est plus l'alcool, c'est lui. Je ne sais même plus qui je suis, ni ce que je fais là. J'étais vraiment heureuse, il y a quelques minutes ? On parlait vraiment d'un appartement rien que pour nous et de mariage ? C'est impossible... Je ne le regarde même pas. Je me lève de ma chaise et court sans savoir où aller.
Bill
Je lui ai tout dit. Je ne sais pas si j'ai bien fait... Si, bien sûr. C'est normal si elle ne veut plus de quelqu'un comme moi, et je ne pouvais pas continuer à lui cacher, c'était trop lourd.
Je sais où la trouver. Sur la plage. Je paie l'addition, et commence à chercher. Je la vois rapidement, sur le sable, en face des vagues déchaînées. Elle a la tête sur les genoux, les épaules secouées de sanglots. Je viens m'assoire à côté d'elle et attend, sans un mot. Contre tout attente, au bout de quelques minute de silence, elle scelle mes lèvres d'un baiser. Je la serre très fort contre moi, je sens des larmes piquer mes yeux.
-Pardon Lily, pardon d'avoir été aussi con et de ne t'avoir rien dit avant.
-J'accepte.
-Tu acceptes mes excuses ?
-Tu n'as pas à m'en faire. J'accepte ta demande en mariage.
Je la regarde sans comprendre. Elle poursuit.
-J'accepte, Bill Kaulitz, à une seule condition. Si tu as encore un secret, tu me le dis maintenant. Je promets de tout pardonner. Absolument tout. Je laisse le passé au passé. On recommence à zéro. On a tous les deux fait des erreurs, mais c'est fini. J'accepte de tout te pardonner, même la pire des choses, seulement à cette condition. Alors, une dernière chose à confesser ?
J'hésite terriblement. Elle m'a promis de tout me pardonner, mais je ne peux pas lui parler de Céline. Pas ça. Je ne supporterais pas de la blesser. Je ne peux pas...
-Rien du tout. Je n'ai plus aucun secret. Tu sais tout de moi.
Elle a un énorme sourire.
-Je te fais confiance. Par contre si un jour par hasard, j'apprend que tu m'as menti, et que tu me cache toujours quelque chose, la moindre chose, je partirai. Tu comprends ?
Je hoche la tête. Il faut que je lui dise...
-Lily il faut que je te dise encore une chose.
-Je t'écoute.
-Je...
Je regarde ses yeux, ses grands yeux clairs. Ils sont plus beaux que tout, je l'aime plus que tout.
-Je t'aime.
Elle me répond par un baiser. Tant pis, elle ne saura jamais.
Je me regarde dans la glace, replace quelques mèches rebelles ici et là, ajuste mon haut et remonte ma jupe. Voilà, je suis fin prête. Ce soir, Bill m'invite au resto. Hier, nous avons enfin signé. Nous avons notre appartement, rien qu'à nous ! Alors il faut fêter ça. Seulement, ce soir, c'est dans un resto assez chic que nous nous rendons. Je ne comprends pas trop pourquoi il fait tant de cérémonies pour cet événement, à mon avis ouvrir une bouteille de champagne aurait largement suffi. Enfin, je ne vais pas dire non ! J'ai passé l'après midi à refaire nos valises et nettoyer la chambre. Ca fait déjà deux semaines que nous sommes là, et cet hôtel ne va pas me manquer. C'était sympa, mais un peu petit. L'appartement que Bill a trouvé est parfait. 80m², balcon donnant vue sur la plage. Quatre pièces : une chambre avec un lit deux personnes, une salle de bain avec douche et baignoire, une cuisine, et un salon-salle à manger. J'ai un peu peur, dans un sens. C'est stupide mais tout est tellement parfait. Il y a un mois je pensais avoir la pire des existences possibles, et aujourd'hui tout me sourit. C'est comme si il y avait quelque chose caché derrière tout ça, qui ne demandait qu'à sortir pour venir détruire mon bonheur tout récent.
Je me fais certainement des idées
J'ouvre doucement la porte de la salle de bain, Bill est encore en train de chanter sous la douche. Je me racle bruyamment la gorge.
-Euh Bill ? Il serait peut-être temps d'y aller non ? Tu as réservé pour 20 heures, c'est à dire dans une demi heure.
-J'arrive.
Une demi heure avec Bill pour se préparer, c'est vraiment le minimum syndical. Il se sèche les cheveux, les lisse, les fixe avec de la laque et retouche quelques mèches avec du gel. Ensuite, c'est le maquillage. Fard à paupières noir, crayon noir, tout y passe. Enfin, cinq minutes avant l'heure, nous voilà partis.
Waouh ! Je n'ai jamais rien vu d'aussi chic. Un serveur vient nous installer à notre table. Tout est délicieux. L'entrée, le plat, le vin, le champagne... La musique aussi. Au moment de commander les desserts, ma tête tourne légèrement. Je ne tiens pas beaucoup l'alcool. Je remarque que Bill triture nerveusement sa serviette. Ohoh.
-Bill ? Quelque chose ne va pas ?
-Tout va bien. Seulement, il faut que je te dise quelque chose, et ce n'est pas facile... Sais-tu pourquoi je t'ai amenée ici ?
-Pour l'appartement ?
-L'appartement ?
-Ben oui, tu as dit qu'on devait fêter ça non ?
-Oh, tu crois vraiment que j'aurais fait tout ça juste pour l'appart ?
-C'est ce que tu m'as dit...
-Je sais, mais il fallait garder la surprise...
Il prend une grande bouffée d'oxygène, et me regarde dans les yeux.
-Voilà. Lily, je sais qu'on se s'est pas retrouvés depuis très longtemps, mais tout a été très vite ave toi. Ma vie n'était qu'une succession d'erreur, et maintenant, ici, avec toi, elle est parfaite, je ne vois pas ce que je pourrais demander de plus que ce que j'ai en ce moment. A part une chose. Lily, je voudrais t'épouser...
J'ai la bouche grande ouverte, et je laisse tomber ma fourchette dans mon assiette. Tous les regards se tournent vers moi. Je rougis. Ce n'est pas comme ça qu'on doit réagir à une demande en mariage ! Je suis sur le point de répondre, lorsqu'il reprend.
-Je t'en prie, ne répond pas tout de suite. Ce ne serait pas honnête que tu réponde oui, et que tu t'engages pour la vie avec un homme dont tu ignores une partie du passé. Une partie dont crois moi, j'ai honte, une partie que je voudrais oublier, mais qui fait partie de ma vie... Alors tu accepteras, ou refuseras ma demande, une fois que j'aurais fini de tout t'avouer. Ne m'interromps pas, ne pose pas de questions, laisse moi aller jusqu'au bout. Ca va être très dur pour moi, mais je dois le faire. Quand j'aurais terminé, tu seras libre de prendre la décision qui t'appartiens, et que je respecterai quelle qu'elle soit. Mon passé... contient des zones d'ombre terribles, auxquelles j'aimerais ne plus jamais penser, mais je te dois la vérité.
Un grand silence s'ensuit. Je n'ose même pas respirer. Je m'attends au pire. Bill ferme les yeux, inspire, et se remet à parler.
-Bien. Je n'ai jamais voulu te dire jusque là, par quoi je suis passé pour arrivé là où j'en étais quand nous nous sommes revus. Il y a deux raisons à cela. La première, est que je ne savais pas quelle genre de personne tu étais devenue, et par conséquent si je pouvais me confier à toi. La seconde et principale raison, était la peur que tu ne me vois plus jamais de la même façon, que je te dégoute, que tu me déteste. Chose que, tu me diras, je mériterais...
A 16 ans, lorsque tu es partie pour tenter ta chance dans le milieu du cinéma, j'ai moi aussi arréter mes études pour percer dans la chanson. Tu sais à quel point ça a toujours été mon rêve. J'ai fait toutes sortes de maquettes, je les ai envoyé un peu partout. Seul, en groupe... J'ai tout tenté. Je me suis même inscrit à certaines émissions de télé réalité, pour y arriver. Sans succès. A 18 ans, j'étais sans diplôme, sans avenir. Je ne voulais plus retourner à l'école, j'avais l'impression qu'il était trop tard pour moi et que de toutes manières, je finirai bien par devenir chanteur, puisque j'étais né pour ça. En attendant, mes parents ne me supportaient plus. Je ne faisais rien de mes journées, je passais mon temps à traîner les rues. L'ambiance familiale se dégradait de plus en plus. Quand j'y repense, je comprends évidemment leur réaction. J'ai commencé à tomber dans la dépression. J'avais le sentiment de ne servir à rien, de n'être rien. Mes fréquentations ont changé. Un jour où j'étais parti de chez moi après une violente dispute avec mon père, je suis parti rejoindre des copains, et j'ai fumé mon premier joint. C'était comme magique pour moi. La réalité était transformé, le monde n'était plus le même. Un moyen de fuir la réalité. Je fumais de plus en plus fréquemment, et je suis tombée dans cette foutue spirale. Un joint, l'acide, et ensuite, l'héro. Oui, j'étais un vrai drogué, un mec qui ne savait vivre qu'à travers les drogues dures. Seulement, la drogue, c'est pas gratuit, et je pouvais pas arrêter. Alors j'ai commencé par des vols. Un sac à main, un portefeuille, tout ce que je trouvais. Mais j'aimais pas ça. J'avais beau me détruire moi même, je n'avais pas envie de faire de mal aux autres. Mais fallait payer, toujours trouver de l'argent, toujours plus.
Un soir, j'ai croisé un mec complètement paumé. Il m'a dit qu'il se droguait depuis un an et que pour payer, yavait pas le choix. Il se prostituait. J'ai trouvé ça dégueulasse, sur le coup il m'a vraiment écoeuré. Je ne comprenait pas comment on pouvait vendre son corps pour de l'argent. Pour cette saleté de drogue.
Seulement, au bout d'un certain temps, je me suis rendu à l'évidence. L'argent, ça tombe pas du ciel et les vols, c'est risqué et contre ma façon de penser. Alors j'ai essayé. Une nuit. J'en ai pleuré pendant des jours. Mais en même temps, j'avais tout ce fric. Alors j'ai recommencé. Une fois, deux fois, puis presque tous les soirs pendant six mois. J'ai arrêté quand je n'en pouvais plus. A cause de certains cons, qui me frappaient. Après avoir essuyé une dizaine de coups et un nez cassé, j'ai jeté l'éponge.
C'est la que j'ai pris la décision que je regretterai le plus de toute ma vie. J'ai commencé à revendre. Devenir dealer. Ca gagne un fric monstre, t'imagine même pas. Avec des copains, on acheté de la drogue de basse qualité en masse, et on revendait ça super cher à des débutants qui n'y connaissent rien.
Lily, quand on est arrivés ici, je t'ai dit que je n'avais aucun problème d'argent. C'est grâce à cette sale période. Je gagnais cinq fois plus que ce que j'avais besoin. J'ai fait ça pendant environ un an. Mais un truc m'a fait revenir à la réalité. Un jour, je marchais dans la rue, et je suis tombé sur un journal. Je l'ai ramassé, et ce que j'ai lu m'a traumatisé, je pense à vie.
Un titre : « Un jeune garçon mort d'overdose ». Une photo à côté. Ce gosse, je le reconnaissais. C'était moi qui lui avait vendu l'héro la veille. Je me sentais comme un meurtrier. J'avais tué quelqu'un... Quinze ans, il avait. Toute la vie devant lui. C'était sûrement son premier shoot, il en a trop mis d'un coup et voilà... J'ai eu un face de moi un gamin paumé, paumé comme tous ceux qui commencent à se droguer, et au lieu de l'aider, de lui parler, moi je l'ai juste aidé à mourir...
J'ai eu vraiment peur. J'ai arrêté le deal. Pour toujours.
Seulement, j'ai pas eu de chance. Un mois après, des flics sont venus sonner chez moi. Plusieurs drogués m'avaient dénoncé. J'ai pas eu la force de mentir, de dire que c'était faux. J'ai tout de suite été emmené au poste, et j'ai tout avoué. Je me suis fait mettre en détention provisoire, pour détention et trafic de drogue. En attendant mon procès je restais prostré dans ma cellule. Mes parents refusaient de venir me voir. Je voulais mourir.
Un jours, on m'a demandé au parloir. J'ai été voir, et j'ai eu la surprise de voir mon cousin, dont je n'avais aucune nouvelle depuis quelques années. Mon cousin, c'est Tom. Il avait entendu toute l'affaire, et voulait m'aider. Il a tout mis en place pour ça. Moi, j'étais une vraie loque incapable de réfléchir, un drogué en manque. Il a payé ma caution, une vraie fortune, pour me faire sortir jusqu'au procès. Il a payé mon séjour dans un centre de désintoxication, il a déniché le meilleur avocat de la région. Tom, c'est quelqu'un de très influent, qui a beaucoup de contacts... Et beaucoup d'argent. Il a tout pris en charge, du début à la fin. Je n'ai rien eu à faire. Le jour de mon procès, j'étais sorti du centre totalement clean. Mon avocat a été à la hauteur du fric que Tom a dépensé pour lui. J'ai à peine eu à verser une amende, que Tom s'est empressé de régler. Il a été exemplaire.
Je me sentais énormément gêné vis à vis de lui, avec tout ce qu'il avait fait pour moi en étant seulement mon cousin. J'ai voulu lui rendre la monnaie de sa pièce. Je me suis souvenu de tout l'argent qui dormait sur mon compte, mais Tom n'en a pas voulu, il n'en avait pas besoin. Tu n'imagine même pas l'étendue de sa fortune. En même temps, être réalisateur...
Je me souviens parfaitement de ce jour où je sui allé le voir. Je lui ai dit qu'il pouvait absolument tout me demander, que je lui devais quelque chose, n'importe quoi. Il a longtemps refusé, disant qu'il n'avait besoin de rien. J'ai tellement insisté qu'un jour, il a réfléchit, et m'a avoué qu'il n'arrivait pas à trouver l'acteur qu'il lui fallait pour son nouveau film. Quelqu'un exactement... Dans mon genre. Alors j'ai réfléchit. Je n'avais rien. Pas de boulot, plus de parents. Rien, j'étais perdu, Tom était la seule épaule sur laquelle je pouvais me reposer, la seule personne de confiance que j'ai. Et puis, après tout, je m'étais déjà prostitué, je n'avais plus rien à perdre. Je voulais tant rendre ce service à Tom, qui m'avait sauvé la vie. Alors j'ai accepté.
Voilà, tu sais tout. Du moment où l'on c'est quittés jusqu'à celui où l'on s'est retrouvés.
J'ai la tête qui tourne. Ce n'est plus l'alcool, c'est lui. Je ne sais même plus qui je suis, ni ce que je fais là. J'étais vraiment heureuse, il y a quelques minutes ? On parlait vraiment d'un appartement rien que pour nous et de mariage ? C'est impossible... Je ne le regarde même pas. Je me lève de ma chaise et court sans savoir où aller.
Bill
Je lui ai tout dit. Je ne sais pas si j'ai bien fait... Si, bien sûr. C'est normal si elle ne veut plus de quelqu'un comme moi, et je ne pouvais pas continuer à lui cacher, c'était trop lourd.
Je sais où la trouver. Sur la plage. Je paie l'addition, et commence à chercher. Je la vois rapidement, sur le sable, en face des vagues déchaînées. Elle a la tête sur les genoux, les épaules secouées de sanglots. Je viens m'assoire à côté d'elle et attend, sans un mot. Contre tout attente, au bout de quelques minute de silence, elle scelle mes lèvres d'un baiser. Je la serre très fort contre moi, je sens des larmes piquer mes yeux.
-Pardon Lily, pardon d'avoir été aussi con et de ne t'avoir rien dit avant.
-J'accepte.
-Tu acceptes mes excuses ?
-Tu n'as pas à m'en faire. J'accepte ta demande en mariage.
Je la regarde sans comprendre. Elle poursuit.
-J'accepte, Bill Kaulitz, à une seule condition. Si tu as encore un secret, tu me le dis maintenant. Je promets de tout pardonner. Absolument tout. Je laisse le passé au passé. On recommence à zéro. On a tous les deux fait des erreurs, mais c'est fini. J'accepte de tout te pardonner, même la pire des choses, seulement à cette condition. Alors, une dernière chose à confesser ?
J'hésite terriblement. Elle m'a promis de tout me pardonner, mais je ne peux pas lui parler de Céline. Pas ça. Je ne supporterais pas de la blesser. Je ne peux pas...
-Rien du tout. Je n'ai plus aucun secret. Tu sais tout de moi.
Elle a un énorme sourire.
-Je te fais confiance. Par contre si un jour par hasard, j'apprend que tu m'as menti, et que tu me cache toujours quelque chose, la moindre chose, je partirai. Tu comprends ?
Je hoche la tête. Il faut que je lui dise...
-Lily il faut que je te dise encore une chose.
-Je t'écoute.
-Je...
Je regarde ses yeux, ses grands yeux clairs. Ils sont plus beaux que tout, je l'aime plus que tout.
-Je t'aime.
Elle me répond par un baiser. Tant pis, elle ne saura jamais.
Chapitre long et lourd, j'ai pas réussi à le raccourcir, tant pis. Voilà, vous savez tout.
Dernier chapitre à venir.
Je n'accepte plus les amis qui ne sont pas mes amis ! (logique sauf pour certain(e)s) !!
